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Nietzsche et la Vie

Critiques littéraires

Par Fabien Nègre

Auteur : Barbara STIEGLER
Titre : NIETZSCHE ET LA VIE. Une nouvelle histoire de la philosophie.
Collection : FOLIO ESSAIS INEDIT
Editeur : GALLILARD
Date de parution : 27 septembre 2021


Avec Nietzsche s’inaugure une philosophie nouvelle, centrée dorénavant sur le corps et la vie, qui appelle une nouvelle histoire de la philosophie. En parcourant les grandes étapes de cette histoire, Barbara STIEGLER introduit le lecteur aux philosophies de Descartes, Kant, Schopenhauer, Hegel et Marx, ainsi qu’à quelques grandes figures de la philosophie contemporaine, proches ou héritières de cette nouvelle philosophie de la vie : William JAMES, John DEWEY, BERGSON, CANGUILHEM et FOUCAULT, sans oublier le contrepoint critique de la phénoménologie, de HUSSERL à HEIDEGGER.

Parce que le fil conducteur de cette nouvelle histoire suit la réalité concrète du corps et de la vie, son livre est aussi une introduction à l’histoire de la biologie, de la physiologie à la théorie de l’évolution, et jusqu’aux débats les plus brûlants de la biologie et des sciences médicales contemporaines. A la lumière de ce parcours, la philosophie de NIETZSCHE ne peut plus apparaître comme une météorite solitaire et fulgurante. Elle se situe bien plutôt au beau milieu d’un tournant : celui à partir duquel, sur fond de fin de la métaphysique et de crise des savoirs, le gouvernement de la vie et des vivants doit devenir l’affaire de tous, nous obligeant à repenser de fond en comble les notions de « réalité » et de « vérité » en même temps que la valeur des énoncés produits par la science.  

Depuis les années 90, de nombreux philosophes, chercheurs, universitaires éclairent régulièrement son œuvre. Citons par exemple Gilles DELEUZE en son temps ou Patrick WOTLING, Éric BLONDEL, Dorian ASTOR et Arnaud SOROSINA plus récemment. Là, il s’agit de tout autre chose. Il ne semble pas exagérer d’affirmer que le livre de Barbara STIEGLER qui n’en forme pas un comme le précise bien son auteur (pp.395-397), pose un nouveau regard non seulement sur l’œuvre de Nietzsche mais propose également une nouvelle lecture de l’histoire de la philosophie.
Dans son introduction, la philosophe, spécialiste de Nietzsche, auteure, rappelons-le, notamment de « Nietzsche et la biologie », PUF, 2001 et de « Nietzsche et la critique de la chair. Dionysos, Ariane, Le Christ », PUF, 2005, attaque directement, dans son style élégant et net, au cœur de sa problématique qui pourrait faire trembler plus d’un spécialiste spécieux du philosophe aux belles bacchantes natif de Röcken : « Nietzsche dit ne s’être plus occupé de rien d’autre, à partir de l’été 1876, que de sciences de la nature, de médecine et de biologie » (p.11).
En effet, avec les scientifiques les plus rigoureux de son temps, Nietzsche partage une soif assoiffée de réalité, un dépassement des catégories pétrifiées de la pensée et de ses grandes fictions collectives pour tenter de saisir la réalité en général et la vie en particulier. Barbara STIEGLER de poser d’une écriture rythmée et souvent rythmique, les caractérisations précises d’un changement radical : « la vie et le corps vivant comme nouveau point de départ de la pensée ». (p.12).

Renversement d’une violence inouïe d’où l’on tirera que la vie suppose deux activités fondamentales, l’évolution et la nutrition. Cette dernière, Nietzsche la requalifie d’« incorporation ». Ce déplacement invente une nouvelle pensée du nourrir à travers le métabolisme et attribue une place décisive à la mémoire, capacité à ingérer l’autre en soi et à en garder trace (p.13). Evolution et incorporation s’imposeront comme les questions centrales de la philosophie. Au même moment, la révolution industrielle, la mondialisation des échanges, les nouvelles techniques de communication bouleversent les sociétés du XIXème siècle.
N'oublions pas que Nietzsche vient au monde en 1844, avec le télégraphe, puis le chemin de fer et la navigation à vapeur. Pour lui, ces bouleversements paralysent nos capacités de penser (p.14). Il se demande si la vie est encore non seulement vivable mais tout simplement possible. L’effet le plus massif consiste dans l’apparition du « flux absolu », conséquence de l’accélération des rythmes de vie et de la dissolution tendancielle des clôtures (p.15). Barbara STIEGLER, montrant le prophétisme nietzschéen, analyse les stases nécessaires à la vie au sens biologique mais aussi toutes les formes de stabilité.
« Le flux tend à détruire toutes les stases mais aussi toute forme de barrière, de frontière ou de clôture sur soi, exposant les âmes et les corps vivants à tous les processus qui traversent le monde entier » (p.16). Cette puissante interprétation de ce nouveau monde, notre modernité en tant que liquidation générale des stases et des clôtures qui menace l’intégrité des vivants, tant psychique que somatique et favorise l’apparition de pathologies nouvelles, conduit l’auteure à déjouer tous les contresens courants sur Nietzsche, ni philosophe de la célébration romantique du chaos, ni apologiste enflammé du flux du devenir.

Un autre mérite de ce livre magistral toujours écrit dans un style au juste tempo pour comprendre la découverte d’un autre Nietzsche qui pense les conditions de la vie, tient dans la mise au jour des besoins des vivants qui s’exposent au flux toujours nouveau de ce qui leur arrive, qui les nourrit et les pousse à l’évolution et à la transformation et d’un autre côté, la résistance à ce flux, le diffère ou le retarde tout en fabriquant tout un arsenal de stases, de clôtures qui ralentit, filtre et digère, bref, incorpore (p.17). La double condition qu’implique toute vie sera celle de s’ouvrir au flux du devenir et en même temps, car il est en lui-même invivable, de savoir s’en protéger (p.20).
Autre contresens fréquent bien souligné par la professeure à l’Université de Bordeaux : Nietzsche n’oppose pas la sensiblerie des contemporains à l’insensibilité des hommes forts et virils qui auraient peuplés les temps anciens mais propose « la capacité propre à tous les êtres véritablement vivants, à accueillir profondément l’autre, le nouveau et l’étranger en soi, à se laisser affecter et transformer par lui, tout en parvenant à rester soi-même » (p.24).
En pensant à nouveaux frais l’enquête nietzschéenne généalogique et médicale, la théoricienne du néolibéralisme, auteure de « Il faut s'adapter » : Sur un nouvel impératif politique, Paris, Gallimard, coll. « NRF Essais » (2019), revient sur la double découverte de la vie comme volonté de puissance et de la pensée de l’éternel retour qui tentera d’incorporer la totalité du passé dans nos mémoires. En cela, elle rappelle dans une première partie que la philosophie, par un étrange tour de passe-passe, a toujours fait écran à la question de la vie, du corps et de ses conditions alors même qu’elle prétendait en faire ses premiers objets (p.29).

Dans un second temps, encore plus original et passionnant, Barbara STIEGLER montre que NIETZSCHE construit une conception biologique de l’incorporation et de l’évolution dans un dialogue à la fois subtil et très précis avec les meilleurs biologistes de son temps. Enfin, la dernière partie du livre, confronte la pensée nietzschéenne et ses limites à la philosophie contemporaine (James, Dewey, Bergson, Canguilhem et Foucault). Il faudra lire cet ouvrage enthousiasmant et indispensable, tout particulièrement ses développements conclusifs à la tonalité plus politique à l’heure des crises écologiques et sanitaires : « cette question de la valeur des valeurs ou du critère des évaluations ne peut être réservée à un corps de métier spécialisé, qu’il s’agisse de celui des savants qui seraient prétendument isolés du reste du corps social, ou de celui des « experts » conseillant des dirigeants, et qui seraient légitimes pour déterminer avec eux les fins que doit poursuivre l’ensemble de la société. Mais elle ne peut pas non plus être l’apanage des exceptions qui, seules, auraient le courage d’endurer les exigences du « gai savoir » et de contempler le « flux absolu ». Parce que la philosophie qui s’inaugure avec Nietzsche pose la question de l’avenir de la vie et des vivants, elle implique d’affronter le problème devant lequel il a lui-même échoué : celui d’un gouvernement collectif du vivant qui soit véritablement l’affaire de tous, et qui nous oblige à repenser sur des bases entièrement nouvelles les rapports entre science et démocratie » (p.389).      

Oenotourisme en Val de Loire

Critiques littéraires

Par Fabien Nègre

Titre : OENOTOURISME EN VAL DE LOIRE. Du sancerre au muscadet.
Editeur : LE ROUTARD.
Date de parution : 5 octobre 2022.


De sancerre à Nantes, au fil de la Loire, découvrez la plus longue route des vins de France : celle du Val de Loire. Mais comment s’y retrouver dans la diversité de ses terroirs, de ses châteaux, de ses appellations ? Et surtout comment le découvrir au plus près des producteurs ? Le Routard de l’œnotourisme en Val de Loire vous guide pour ne pas perdre une goutte de cette destination.
 
Les vignobles du Val de Loire sont riches d’une mosaïque de terroirs, de cépages, de couleurs. Une alternance de valeurs sûres et de vins prestigieux, mais aussi de joyaux cachés que l’on découvre parmi 51 appellations d’origine protégée (AOP).
 
Pour en profiter, rien de mieux que les routes oenotouristiques présentes sur tout le territoire. En voiture ou à vélo, elles mêlent culture, patrimoine et dégustation dans les vignobles, pour le plus grand plaisir des papilles et des pupilles. Des châteaux aux caves troglodytiques, en passant par les paysables nobles et changeants de la Loire, les régions Centre-Val de Loire et Pays de Loire proposent une offre oenotouristique complète, parfaite pour un séjour entre amis ou en famille.
 
Tour à tour, on se plaît à découvrir les vignobles du Centre-Loire, de la Loire des châteaux, de la Vallée du Loir, du Poitou et d’Anjou-Saumur ainsi que le vignoble nantais et fiefs vendéens. LE ROUTARD nous livre ici des perles méconnues et surprenantes : des vins de toutes les couleurs, de tous les styles, des vins doux et de fines bulles.
 
Expert en œnologie ou amateurs curieux, la large palette de cépages permettra de satisfaire vos envies entre blancs, rosés, rouges et fines bulles, et d’en apprendre plus aux côtés des professionnels qui vous accueillent directement dans les domaines. Laissez vous tenter par les accords mets vins, une façon originale et gourmande pour découvrir les produits du terroir.
 
Ce guide vous présente les cépages du Val de Loire et ses différentes appellations pour vous donner les clefs avant de partir sur le terrain balisé de visites de caves, de balades dans les vignes, de rencontres avec les vignerons passionnés mais aussi de visites de sites et de châteaux qui vous plongeront dans l’histoire de ces différents vignobles, sans oublier les bonnes adresses sélectionnées par nos auteurs pour vous restaurer et vous reposer.
 
A noter deux préfaces enthousiastes, l’une de Pascaline LEPELTIER qui mérite de devenir meilleur sommelier du monde en 2023 ; l’autre de Christophe HAY** qui promeut une région qu’il aime non sans humour : « Nul n’est censé ignorer la Loire » !
 
 

Rester Barbare

Critiques littéraires

Par Fabien Nègre

Auteur : Louisa YOUSFI
Titre : RESTER BARBARE
Editeur : LA FABRIQUE
Date de parution : Juillet 2022
 

« Je sens que j’ai tellement de choses à dire qu’il vaut mieux que je ne sois pas trop cultivé. Il faut que je garde une espèce de barbarie, il faut que je reste barbare ». Cet énoncé de Kateb YACINE, Louisa YOUSFI l’entend comme une formule magique : à la fois mot d’ordre esthétique et fable politique, elle permet de convoquer ensemble Chester Himes, Toni Morrison, Booba, PNL et toute une cohorte ensauvagée à l’assaut de l’Empire.
 
Ce beau manifeste décolonial, revendique, dès l’abord la paternité de Mohammed DIB, par une archéologie et une généalogie philosophique de la pensée barbare. Le « soleil de barbarie » invoqué et en l’occurrence convoqué, puise à d’autres sources fondatrices, l’écrivain rebelle Sony Labou Tansi. La brillante journaliste déplie non pas une réflexion mais une écriture physique, viscérale à propos des conditions de possibilité du demeurer barbare. Conserver en soi la barbare au sens affirmatif, le seum, la haine positive, la niaque, l’affirmation (p.11).
 
Dans cette énergie percutante, cet éloge de la vitalité, on ressent une vraie volonté de radicalité, de geste pur, de poésie. L’élan littéraire, philosophique et rageur du rester barbare de Louisa Yousfi éclate la dichotomie stérile entre barbarie et civilisation. Cette tentative intempestive d’hérétique consacrée saccage l’ordre des mots et des choses. Là, le récit tourne au politique. Garder sa barbarie revient à conserver cette part d’ombre et maudite bataillenne inaliénable en soi.
 
L’auteure trame à la fois un enfermement et un déferlement, une révolte inassouvie et une vulnérabilité inébranlable. Elle distingue alors, dans la déshumanisation de la colonisation, le barbare du sauvage. Le sauvage se singularise par son inoffensivité. Le barbare résiste. « Barbare je suis, barbare je reste » (p.15). L’animatrice à Paroles d’Honneur, en stratège topologue et dialecticienne, retourne les armes de l’ennemi contre lui-même. Il y a là une fierté à retourner le stigmate, l’art de l’inversion contre l’Empire. Le barbare respire face à l’étouffoir de l’intégration, mascarade masquée.
 
Là encore, il s’agit non pas de saborder mais de saboter la distinction savante entre dedans et dehors, frontière et limite, barbare et civilisé. « Il ne suffit pas de franchir la frontière pour l’abolir » (p.18). Cette souffrance lucide nous hante : « Comment ne pas perdre le Sud ? ». Dans sa lumineuse analyse de l’œuvre de DIB, elle nous murmure surtout le haut ne doit pas oublier le bas. L’identitaire place dans un paradoxe cinglant : « comment avoir la nostalgie de ce qui n’a pas eu lieu ? » (p.20).
 
Réponse : ne pas se laisser contaminé par l’intégration dans l’Empire. La friche, la jachère, la terre vierge en nous, c’est ce qui nous exhorte à ne pas devenir barbare mais le rester. Le barbare revêt l’inassimilable en nous, notre histoire, notre culture, notre âme (p.22). Le barbare, en aucun cas, ne s’identifie au sauvage. Il est irrécupérable. Mieux, figure du futur, condamnée à venir (p.23). Le barbare, révolté de la dernière et de la pire espèce, diffère de l’ensauvagé, vient d’une épaisseur historique, d’une vie profonde (p.25).
 
Dans son chapitre « Noir tu Blanche » sur Chester HIMES, la jeune écrivaine montre comment il opère un retournement des valeurs. La mécanique tragique de la science raciste fonctionne comme une boucle infinie qui autoréalise ses propres prophéties (p.29). Dans l’impossible communion des larmes, Louisa YOUSFI met sur la table une interrogation redoutable : « Combien de vies du Sud valent une vie occidentale ? » (p.52). Elle met aussi ce feu baldwinien qui menace de tout brûler, tenu en respect sans jamais pourtant s’éteindre, demeurant une barbarie intime qui donne le courage de lutter, parfois contre ce feu même (p.54).
 
Le chapitre « Ounga ounga », consacré à l’œuvre du rappeur Booba, représente sans doute l'une des plus fines et des plus puissantes interprétations d’un personnage archétypal du rapp français (p.71). Il déjoue sans relâche les charmes du système pour réussir en barbare et en pirate. En réalité, Booba, alias Elie Yaffa, franco-sénégalais élevé par une mère blanche dans une cité tranquille de Meudon (p.73) invente des figures de style, un rapport au monde. Cette pensée de la résistance présente des combinaisons inédites, une hétérogénéité aberrante (p.78).
 
Puissance d’expérimentation par le bas en même temps que puissance d’incorporation, le rapp veille à se faire au milieu du chaos. La langue du rapp, misère faite à la langue, expérience jubilatoire, explose à l’horizon (p.83). L’ampleur du saccage s’appelle punchline, intelligence de l’évènement, sortie de la langue (p.86). Affaire éthique qui déclare la guerre à langue, mouvement de la mer, éternel et imprenable (p.89). Le chapitre consacré au groupe PNL impressionne également par sa maestria analytique qui demeure physique : « L’œuvre de PNL ne vient pas. Elle ne fait aucun pas vers l’autre. Elle est fière et hautaine. A l’entrée, cet avertissement : QLF (Que la famille) » (p.92).
 
Moins on est, mieux on se porte. Louisa YOUSFI déploie un territoire de reconnaissance immédiate à travers une confidence sur l’histoire intime de la misère. Les barbares sensibles de PNL, fragiles comme la paix (p.96) veulent une évasion ambitieuse. La beauté de leur monde se trouvait précisément dans sa laideur (p.103). La conclusion, « La voie du blâme », émeut car elle aborde le fait d’écrire en tant que « femme issue de l’immigration » (p.105), augmentée par l’épreuve du rejet. Elle esquisse des pistes pour une éthique et une esthétique du rester-barbare, une voie spirituelle.
 
La journaliste à Sciences Humaines de conclure : « J’ai écrit ce livre parce que j’ai échoué. Je ne suis pas restée barbare. Je suis une bonne élève de la République, une bonne indigène aux cheveux lissés et à la langue domestiquée » (p.110).

Guide des vins bio 2023

Critiques littéraires

Par Fabien Nègre

Auteur : Pierre GUIGUI
Titre : GUIDE DES VINS BIO 2023
Editeur : BBD Editions, 75014
Date de parution : 23 septembre 2022
 

Guide engagé et unique, enrichi d’une application renseignant sur les ingrédients et les additifs, signé par le journaliste Pierre GUIGUI, acteur reconnu pour son implication dans le bio depuis 20 ans, cet ouvrage propose une sélection de 400 vins bio soigneusement sélectionnés et dégustés par l’auteur, fervent défenseur de la viticulture biologique et biodynamique, ou provenant de la sélection du Concours International des vins Biologiques et en Conversion-Amphore.
 
Avec la volonté d’offrir une totale transparence aux consommateurs, ce précieux guide nous plonge en préambule dans le monde très controversé de la fabrication et de l’élevage du vin. Difficile de s’y retrouver entre la nature et l’origine des additifs, produits phytosanitaires et autres auxiliaires. Grâce à ce dossier mêlant témoignages de spécialistes, données d’organismes officiels et informations pratiques, vous serez désormais incollable.
 
En amont des notions de transparence qui seront appliquées en 2024 grâce à un étiquetage nutritionnel et d’une liste dématérialisée des ingrédients, définis par la nouvelle politique agricole commune, ce guide précurseur propose pour chaque vin sélectionné un QR code menant à l’application dansmabouteille.com. Cette application 100% indépendante est la première au monde à afficher une totale transparence sur les ingrédients et additifs contenus dans les boissons alcoolisées. C’est le guide indispensable d’un éditeur engagé dans la collection Ni Bu Ni Connu, webmédia animé par un collectif de passionnés www.nibuniconnu.fr
 
Pierre GUIGUI est journaliste et auteur. Il a coécrit, dirigé plus de 20 ouvrages chez Gault & Millau, Marabout, La Martinière et Apogée. Il est membre fondateur de l’association de la presse du vin MOVISn fondateur du Concours International des vins bio Amphore. Il organise le Salon Buvons Terroirs à Paris et collabore au Salon Pantin Boit Bio organisé par la commune.
 
Dans sa préface judicieuse et lapidaire, Adrien TRECHOT rappelle à juste titre que cela fait 40 ans que des informations précises existent sur les ingrédients et additifs utilisés dans la conception des produits alimentaires consommés en Europe et dans le monde. Il aura fallu attendre 2024 pour que des obligations de transparence se fassent jour sur les ingrédients, additifs, auxiliaires œnologiques et autres résidus de pesticides dans le vin. Ceci donne une idée de l’évènement que constitue la sortie du premier guide des vins bio (p.7).
 
Les 37 premières pages de ce dictionnaire de poche très pratique reviennent sur le sujet éminemment sensible de la transparence qui touche à la santé publique et aussi à l’économie. Pierre GUIGUI, auteur courageux de cet opus inédit, s’engage, depuis trente ans avec des viticulteurs qui font le choix d’une « production intégrée » (p.9) à savoir bio, biodynamique ou « nature ». L’introduction présente le mérite d’ouvrir le débat avec des témoignages de vignerons comme Emmanuel GIBOULOT (p.10) sur les levures, Vincent POUSSON sur l’analyse chimique pour chaque cuvée après la mise en bouteille via un QR Code sur la bouteille suggérée également par Hervé BIZEUL (p.12).
 
Même pour les spécialistes, chaque page contient des informations structurées sur les résidus de pesticides (p.15), les coûts externalisés afférents à l’utilisation des produits phytosanitaires (p.17), la disparition volontaire des résidus (p.22), les additifs et auxiliaires dont on trouvera un tableau complet (pp.27-30). Un guide sélectif, complet et essentiel avec son application associée nommée www.dansmabouteille.com.
 

Teveth

Critiques littéraires

Par Fabien Nègre

Auteur : Alexandre THABOR.
Titre : TEVETH
Editeur : Erick BONNIER, Paris.
Date de parution : 2022.

 
La nouvelle de l’assassinat de Tamar, avocate de la Ligue des Droits de l’homme à Jérusalem plonge Israël dans la stupeur. Son meurtre en pleine élection dominée par deux généraux de Tsahal, Isaac NADIR et Ouriel MERONE, ce dernier donné gagnant en 2011, ne peut être le fait d’une simple coïncidence. Or, ni le Shin Beth, ni le Mossad, ni la Criminelle ne savent par où commencer l’enquête, d’autant que Tsahal y joue un rôle important. Seuls Yoram, jeune avocat, et Yaël KESTEL, journaliste, découvrent les liens entre ces trois réseaux et toutes les luttes internes au sommet de l’État d’Israël.
 
Avec l’aide de cyber-agents et du logiciel de surveillance et d’attaque intrusive TEVETH, ils défient un ennemi aux moyens illimités dotés d’un système de cyber-espionnage qui contrôle des hommes dans les cercles du pouvoir en Israël, en Europe et à New-York, où se déroule une partie du livre. Un thriller digne d’une série Netflix. Né à Tel-Aviv, il y a 94 ans, où il a vécu, Alexandre THABOR a fait la guerre d’Indépendance de 1948, puis ses études à l’Université hébraïque de Jérusalem. En 1994, il s’installe en France où il devient consultant en stratégie marketing spécialisé dans le lancement de nouveaux produits de plusieurs grands groupes pharmaceutiques, alimentaires, chimiques et métallurgiques.
 
En 2020, il publie son premier livre, Les Aventures Extraordinaires d’un Juif révolutionnaire, préfacé par Edgar MORIN, aux éditions Temps Présent. Le deuxième opus d’Alexandre THABOR nous bascule totalement dans un autre univers, moins autobiographique que le premier. Il bouscule, par définition, notre vision souvent partielle ou partiale sur un topos mille fois éculé dont il nous montre la complexité infinie et l’humaine tragédie. Il nous entraîne dans un thriller sur le conflit israélo-palestinien. Plus précisément, il s’agit de l’affaire du cyber contrôle et de la surveillance des personnes en Israël.
 
Citant ses auteurs favoris et ses livres de chevet d’emblée, le lecteur pressent tout de suite un décor, des énigmes et une intrigue. Surtout des drames. L’art forme ce mensonge qui dévoile la vérité pour reprendre la célèbre formule de Pablo PICASSO. Toutes les premières pages campent le portrait d’une femme extraordinaire : Tamar Bat-Or. Avocate israélienne aux yeux verts d’une éblouissante beauté (p.7) menacée par le Goush Emounim (Bloc de la Foi). Accusée par un rabbin d’être une « din rodef » (persécutrice méritant la mort selon la Torah).
 
L’idéologie de Tamar devenue avocate de la Ligue des Droits de l’homme tient dans un seul principe : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » prime tout : le gouvernement, les militaires, les partis, les théologies juifs et arabes (p.9). Alexandre THABOR nous embarque progressivement mais sur un rythme infernal (prouesse pour un livre de 450 pages) à l’intérieur du système, dans ces groupes fondamentalistes, messianiques d’extrême droite, surveillés par le Shin Beth, qui prennent pour cible les défenseurs courageux de la liberté (p.11).
 
La trame du scénario gagne encore en épaisseur sur fond d’élection présidentielle, de cyber-pirates d’Elcod, de mafias de l’immobilier, et de l’énigmatique unité 8200 : plus grande unité militaire de renseignement d’Israël spécialisée dans la guerre électronique et la collecte de renseignements, comparable à la NSA américaine. On estime à 1000, le nombre de start-ups licornes lancées par ses anciens membres (p.15). Tamar incarne une héroïne, une forme de pureté.
 
Elle revient aux fondements de la déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël le 14 mai 1948, pour la justice et la paix : « liberté de conscience, de culte, d’éducation et de culture, citoyenneté égale et complète et surtout promesse d’une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous les citoyens, sans distinction de croyance, de race et de sexe » (p.18). L’auteur évoque aussi la société yerushalmite, les amitiés tortueuses, les amours indécises, la sensualité des rencontres, la musique des cafés, les succulentes pâtisseries (p.23).
 
Et toujours la figure de Tamar : « Elle jouait comme elle vivait, une femme qui risque toujours tout, famille, fortune, sa vie même, une femme extraordinairement subversive dans son métier d’avocate, n'hésitant pas à dénoncer l’obscène iniquité du pouvoir quand celui-ci répandait la misère, l’oppression, les persécutions et les humiliations » (p.25). Plus loin, Alexandre THABOR nous dévoile finalement « le fondement stratégique d’Israël » (p.27), un monde où tous les coups sont permis, le crime, l’assassinat, la mort : « comment Israël a su se tailler une niche de marché unique par son utilisation du territoire palestinien occupé comme laboratoire pour tester ses armes de haute technologie et sécurité et de renseignement. Et ce, afin qu’elles puissent être commercialisées au niveau mondial comme « testées au combat ». C’est ainsi qu’Israël est devenu un maillon central de l’usine high-tech de surveillance mondiale » (p.29, 91). Témoin le centre d’intelligence artificielle du TECHNION d’Haïfa, arme secrète de la « nation start-up » (p.37).
 
Plus loin, il s’agit toujours d’une fiction, certes, mais bien renseignée tout de même, l’auteur nous ouvre les portes du Kidon (baïonnette en hébreu), le service action du Mossad qui a pour mission de « tuer les ennemis d’Israël » (p.42). Cette cellule active des services secrets israéliens est capable de se battre à mains nues avec n’importe quel type d’armes en circulation, un couteau, un stylo ou une carte de crédit (p.151). L’un de ses membres, Dan Mera, vénère Tamar car elle a été la seule à s’opposer à lui. Puis, la fascinante avocate tombe, chez elle, assassinée froidement.
 
L’enquête commencera à la page 102. Les enquêteurs qui veulent la venger seront à leur tour supprimés dans d’étranges accidents de voiture où les pneus explosent dans un bruit terrifiant (p.200). Les amis de Tamar poursuivent la « pègre numérique » jusqu’à Manhattan où ils se heurtent à l’invisible mais puissant lobby de l’AIPAC (American Israël Publics Affairs Committee, p.246). Le malfrat en chef n’est autre que Orrin PARSKY, milliardaire de l’extrême droite israélienne (p.343) qui se cache dans la ville.
 
Un livre allégorique pour essayer de comprendre le passage de Tsahal d’une armée de défense à une armée d’occupation, l’intimité polémique qui unit des êtres sans conciliation possible entre deux libertés existentielles (p.50), le logiciel espion TEVETH, système d’algorithmes intelligents le plus précis au monde, cybernétique de la pensée. Entre Glock 45 inamical, Uzi féroce (p.356) et manteaux de fourrures enfouraillés des patrons du FBI, un récit envoûtant et émouvant qui se clôt sur la musique, l’abandon, la plénitude, l’amour qui chante la vie en bord de mer d’Herzliya (p.393, 446). 

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