Par Alain Maurice
Une petite demi-heure de RER A et nous voici à Chatou, dans les Yvelines,
à deux pas de Paris. A la fin du XIXe siècle, une auberge de campagne est le lieu de rendez-vous pour tous les amateurs de dimanches au bord de l'eau, de canotage, de guinguettes. La ligne de train Paris–Chatou vient d’être inaugurée ! Claude Monet, Edgar Degas, Camille Pissarro, Alfred Sisley... s’y pressent ; déjeunent, dévorent, trinquent à l'ombre de grands peupliers. Guy de Maupassant se joint à eux. Nous sommes sur ce que l'on nomme aujourd'hui l’« Île des Impressionnistes », chez Alphonse Fournaise, charpentier de marine et loueur de canots. Auguste Renoir, grand habitué, y pose son chevalet. Il y peint une trentaine de toiles. La Maison sert de décor en 1880 à un de ses tableaux les plus célèbres : « Le Déjeuner des Canotiers ».
Entièrement rénovée avant sa réouverture en 2022, la Maison Fournaise a gardé tout son charme d’antan. Rien ou presque n’a changé. Y venir, c’est replonger au temps des Impressionnistes. Sur son célèbre balcon en fer forgé surplombant la Seine, sous un auvent aux rayures orangées identiques à celles du tableau, on s’attable pour un déjeuner à la manière de… Renoir. Tout droit sorti du tableau ! Le menu a été revisité par
Christian Le Squer, chef triplement étoilé au restaurant Le Cinq à Paris. Inspiré de la gastronomie parisienne (et bourgeoise) des années 1880 proposée par la famille Fournaise, quand la Seine et les potagers environnants dictaient le menu, son « Déjeuner des canotiers » nous propose de belles recettes traditionnelles, retravaillées, au goût du jour.
Comme Renoir, on déguste en entrée une jolie friture d’éperlans que l’on plonge dans une sauce à l’oseille ; ou une Palette des canotiers qui marie rémoulade de céleris, hareng fumé, betterave et radis, chiffonnade de jambon de Paris. Pour le plat, le Chef a misé sur de beaux classiques : quenelles de sandre gratinée sauce écrevisses (clin d’œil à la Seine), poularde fondante accompagnée des légumes du pot-au-feu, sauce légèrement crémée. Pour achever cette parenthèse bucolique, une poire au vin glace vanille, ou une faisselle de fromage blanc, cerises amaretto et amandes grillées. L’expérience est proposée à 39 € (entrée, plat et dessert).
Tout aussi Impressionniste, mais cette fois à la carte, on pourra partager une Planche des canotiers (jambon aveyronnais, radis, hareng fumé) à 21 € ; une Planche des rameurs (saumon fumé, tarama, poulpe, vinaigrette) à 24 €. Ou se délecter en solo d’un risotto aux champignons et truffe (31 €), d’une entrecôte laquée au beurre de ciboulette (37 €), d’un ris de veau, croûte de comté, purée de pomme de terre (44 €). Une lotte, cuite à basse température, est garnie de mousseline de choux-fleurs et d’un jus de cresson (32 €) ; un magret de canard (rôti) de carottes glacées à l'orange (29 €). Un baba au rhum, crème légère à la vanille, est géant (20 €, pour 2 personnes) ; un mille-feuilles (14 €) est à la violette. Pour les indécis un café gourmand (11 €).
En guise de promenade digestive, un détour au petit Musée Fournaise attenant est recommandé. Niché dans les étages de la maison, on y découvre l’histoire du lieu, celle de la famille Fournaise, les mouvements artistiques contemporains de l'époque Impressionniste ; l’âge d’or des bords de Seine, le canotage… À l’occasion de l’exposition du musée d’Orsay, un parcours-spectacle est proposé : «
Renoir impressionniste, l’expérience immersive ». Si vous n'avez pas de canotier, c’est le moment de s’équiper !
Menu « Déjeuner des canotiers », du 17 mars au 19 juillet. Servi mardi au samedi, de midi à 15 heures, le dimanche de midi à 16 heures. 39 € entrée/plat/dessert.« Renoir et l’amour. La modernité heureuse (1865-1885) ». Exposition jusqu’au 19 juillet 2026 au musée d’Orsay, Esplanade Valéry Giscard d’Estaing, Paris 7e.
Maison Fournaise
3, rue du Bac, Île des Impressionnistes - 78400 Chatou.
RER A Rueil-Malmaison ou Chatou-Croissy
Mai 2026