Par Alain Maurice
Nous sommes à Jumièges, dans un méandre de la Seine, entre
Rouen et Le Havre. «
L’objectif de la maison est d'atteindre une cuisine autosuffisante et 100% locale … Il n'y a que le sel, le poivre et quelques épices qui ne viennent pas de Normandie » s’amuse le Chef. Aux manettes de l'Auberge depuis 2011, Christophe Mauduit, 47 ans, n’entend pas seulement valoriser sa cuisine mais aussi la façon de la concevoir.
Cela fait cinq ans que ses
légumes viennent de son potager, dans les jardins ouvriers de La Mailleraye-sur-Seine et de Yainville ; de la ferme de la Mare des Rufaux à Bouquetot. Il y cultive des courgettes, des tomates, des pommes de terre, des haricots de Pont-Audemer… Cela fait trois ans qu'il ne cuisine que des produits normands. Les déchets végétaux du restaurant nourrissent les animaux qu’il élève, des poules de Gournet, des cochons de Bayeux. Un bœuf cidré, spécialité 100% normande, est nourri en plein cœur du Pays de Caux par François-Xavier Craquelin ; un canard de Duclair vient de la ferme du Courtil…
Sa cuisine, Christophe Mauduit la conçoit à l'instinct, selon les saisons bien sûr mais aussi selon ses envies. Il n'a pas de plat-signature. En décembre, il proposait des escargots de Mathieu Blot, une courge du jardin, fleurie de capucines. Une Saint-Jacques de nos côtes à la verveine du jardin. L’agneau (aux orties) venait de chez Morine Limare, basée à La Mailleraye-sur-Seine. Au mois d'avril, ce seront, à n’en pas douter, les premières asperges vertes de la saison … accompagnées d’un poireau frit et d'ail des ours, de quelques herbes que le chef aura lui-même coupées, de fleurs pour le visuel, et le goût. Christophe avance une graine, une sauce, des associations et des textures parfois inattendues, des saveurs nouvelles, originales ou méconnues. Sans trop en faire non plus ! Compétences traditionnelles habillées d’une touche de modernité.
Le cadre est chaleureux, les tables suffisamment espacées pour garantir la tranquillité. Le service, à l’image de la maison, est discret, efficace, prêt à répondre à toutes les questions, sans empiéter sur l’aspect découverte. Nous avons le droit à des amuses bouches pendant la lecture de la carte. Trois options : 4, 5 ou 8 plats, dans une fourchette (de prix) allant de 48 à 80 €. On opte pour le Menu à 58€, 80 € en accord avec les vins : une entrée, un poisson, une viande, un fromage et un dessert. 2 propositions à chaque fois, 3 pour le dessert.
Le pain est frais et chaud. Des maquereaux citron et hélichryse, un bar émulsion de sauge de Graham, un bœuf cidré jus infusé au foin défilent. Parfaitement exécutés et sincères. Un chariot de fromages (pas moins de 25) est composé à partir de la production des fermes voisines. Les desserts sont bien imaginés : une pomme des vergers de Clément Crevel, romarin et trompette, une crème brulée cacao et sureau, un céleri noisette et combawa étonnant ! Le dressage est épuré. On se laisse surprendre à chaque bouchée.
Ouvert de 12h00 à 14h00 et de 19h00 à 21h00. Fermé le mercredi et le jeudi toute la journée, ainsi que le dimanche soir.
L’Auberge des Ruines
17 Pl. de la Mairie, 76480 Jumièges
Janvier 2026