Par Alain Maurice
Il est bon parfois de bifurquer, d’emprunter des chemins de traverse, de monter dans le RER et de balayer les clichés qui aimeraient encore croire que le « Neuf-trois » n’a rien à offrir hormis des espaces grignotés par la fièvre immobilière, des problèmes de banlieues et, à l’heure de se mettre à table, une restauration rapide. Meïda est une
brasserie méditerranéenne d’une centaine de places, baignée de saveurs du Sud, qui sent bon les souvenirs de vacances. Rien n’a été laissé au hasard : façade bleu Klein pour rappeler la Méditerranée, pièces en terre cuite, terre de Sienne, ocre, tapis mauresques et odeurs d’épices. Des banquettes évoquent les codes de la brasserie, les équipes sont en t-shirt et pantalon cargo, la playlist enchaîne des tubes Italo-disco. Des cactus s’échappent des balcons. Le choix du nom, Meïda, « table » en arabe littéral, n’est pas anodin.
Mohamed Cheikh a appris les bases de la cuisine avec sa grand-mère algérienne ... avant de faire ses armes auprès de Jérôme Banctel chez Alain Senderens, Yannick Alléno à Saint-Tropez, au Drugstore sous la houlette d’Éric Frechon. Quelques cuisines de palaces au passage, le Royal Monceau, Shangri-La. Le chef a 33 ans et Meïda est son premier restaurant, très attendu bien sûr. Une quinzaine de plats généreux, réconfortants, mijotés plusieurs heures pour certains, nous emmènent en Algérie, le pays natal de ses parents, mais aussi en Crète, en Italie, au Maroc, au Liban, en Provence. Un pas de côté par rapport à ce qu’on attend habituellement des candidats du fameux concours culinaire.
Un menu déjeuner est proposé à 19,50 € ; à la carte, 10 € environ pour les entrées, 20 pour les plats. On s’ouvre l’appétit avec des mezzés pensés pour être partagés : houmous au zaat’ar, caviar d’aubergine, arancini de merguez, une délicieuse « omek houria » tunisienne (carottes aux épices, thon cru à l’huile d’olive, œuf, persil). Agrémentés de câpres croustillantes, d’olives de Kalamata, d’oignons rouges vinaigrés, de piments doux… Un
tartare de bœuf « Kebbé Nayé » est servi avec des frites de pois chiche. Une volaille est grillée après avoir mariné dans du lait ribot, accompagnée d’une sauce à la pâte de cacahuète, cébette et huile aux épices merguez. Un lieu jaune, frit en feuille de brik, croustillant, est posé sur une rémoulade à la tomate confite, cumin et origan. Des gnocchis alla puttanesca sont nappés d’une sauce tomate rouge orangé, un bar en ceviche d’une sauce à la framboise relevée de graines de moutarde. A côté, des keftas marocaines (viande hachée de bœuf, oignon, persil, cannelle), un bol de moghrabieh (pâtes appelées « couscous levantin ») mêlant petits pois, crème d’ail et coulis d’épinards. Les couleurs sont vives.
Pour assouvir la soif, des cépages là encore Corses, Italiens, Syriens, Libanais, Marocains ; des bières artisanales produites à Saint-Ouen … On teste un mille-feuille corne de gazelle, crème vanille et eau de rose. Et on valide ! A l’étage, sur la mezzanine, un espace est aménagé pour boire le thé. Tables basses, tapis colorés et coussins persans. Les gens se pressent toujours pour découvrir la cuisine du candidat Top Chef, même cinq ans après sa victoire, on fait des stories …
Ouvert du lundi au dimanche, de12h00 à 14h30 et de 19h00 à 00h00
Meïda
10 Place de la République, Saint-Ouen-sur-Seine
Métro : Mairie de Saint-Ouen