Tentation : LA GUERRE DES BURGERS À PARIS

Les américains reconnaissent volontiers que nous avons la plus belle gastronomie au monde, mais nous adorons leurs burgers.
Par Ludovic Bischoff

Avec nos cousins d'Amérique, c'est toujours une relation d'amour vache qui prévaut. On aime les critiquer. Ils adorent plaisanter à nos dépens. Cela fait des siècles. Et ce n'est pas prêt de s'arrêter. Mais il y a un domaine qui nous met tous d'accord : la nourriture. Les américains reconnaissent volontiers que nous avons la plus belle gastronomie au monde.
Et nous craquons comme des gamins pour leurs "fast food" régressifs et savoureux. Et cela se confirme avec l'ouverture d'une multitude de "burgers places" à Paris.
Cela fait quelques mois que cette pluie de hamburgers, hot dogs, bagels et autre cup cake s'abat sans discontinuer sur nos têtes.
Mais deux nouvelles adresses notables viennent d'ouvrir leurs portes aux nostalgiques de l'American way of food... L'occasion d'un petit duel pour croquer ces deux adresses en VO derrières lesquelles se cachent des petits frenchies pur jus !

Paris-New York : des burgers comme à Harlem
Commençons par le PARIS - NEW YORK (PNY). Une enseigne qui affiche la couleur depuis son ouverture en décembre 2012 en précisant "hamburgers de qualité" sur sa carte. Une adresse monomaniaque puisqu'elle ne propose que ce pilier de la cuisine américaine. Mais attention, ici, on a pour ambition de servir des burgers qui savent se tenir à table. La viande provient donc exclusivement de la maison Le Ponclet, fondée par un certain David Akpamagbo qui a pour objectif de fournir la meilleure viande française aux plus grandes tables.
Autant dire qu'ici les 140 grammes et des poussières de viande hachée que l'on fourre dans votre bun ont été chouchoutés avant de terminer dans votre assiette. La viande aura maturé en moyenne trois semaines, puis elle aura été cuite à "la flamme" dans la petite cuisine du PNY. Elle est ensuite accommodée des meilleurs ingrédients comme de cheddar de Somerset affiné 18 mois pour le "vintage cheesburger", de cheddar affiné 9 mois et d'avocat frais pour le "morning california" ou de blue Stilton et de poitrine de porc pour le "smoky blue".
Les petits pains, eux aussi conçus pour cette adresse, se remplissent donc de plein de bonnes choses que l'on accompagne de frites toutes fines et pour les audacieux de "loaded fries", soit les mêmes pommes allumettes avec en plus du cheddar 18 mois et de la poitrine de porc... Une sorte de poutine québécoise sans cette affreuse (à mon sens !) sauce barbecue dont nos cousins de la Belle Province inondent leurs frites.

Servis à table, les burgers ne sont pas vraiment photogèniques. On voit que l'on a là en main du fait maison. Mais en bouche, rien à redire. Cuisson parfaite. Viande goûteuse. On aimerait juste en avoir un peu plus...
La prochaine fois, on commandera un "double burger" ! Sachant qu'il s'agit ici d'une vraie cuisine à votre écoute, vous pouvez même commander autant de tranches de boeuf que vous souhaitez. "Le record, c'est un type qui a voulu six steaks dans son burger", sourit Rudy, le jeune patron du PNY.
Pour accompagner votre repas, on vous proposera du jus d'orange frais (trop rare à Paris pour s'en priver !) ou de la lemonade en version originale, c'est à dire non gazeuse, juste de l'eau, du jus de citron et du sucre. Bon comme là-bas dis ! Sinon, une bonne sélection de bières (dont la Duff, bière préférée d'Homer Simpson...) et de vins californiens ou pas. Enfin, pour le sucré, lé aussi, choix restreint mais suffisant avec un cheese cake parait-il à tomber, qui provient de chez Rachel, la nouvelle papesse parisienne de cette pâtisserie star des US. Les cup cakes chocolat, ceux-là testés, éaient parfaits.

Voilà pour le contenu, mais qu'en est-il du contenant ? On ne vient généralement pas dans un "fast food" pour le décor. PNY ne doit donc pas être rangé dans cette catégorie de "bouffe rapide" car la déco a été bien soignée ici. D'abord l'enseigne extérieure, façon vieux ciné US avec lettres noires sur fond blanc et les petites ampoules des théâtres de New-York City. Dans la rue du Faubourg Saint-Denis, qui commence a devenir un lieu fréquentable par les Bobos de la capitale, cette enseigne lumineuse vous attrape comme un papillon un soir d'été. Et une fois à l'intérieur, le mobilier un peu vintage, le plafond tendu de tissu noir et parsemé des mêmes ampoules, l'escalier en aluminium et acier, les projections de vieux films sur les murs... tout cela est bien plaisant pour savourer son burger "de qualité". Et les 60 places assises ne se vident pas aussi vite que l'aimeraient tous ceux qui font la queue sur le trottoir.

Bref, dans ce quartier canaille un peu crade et pas encore à la mode, le PNY joue la carte du spot qu'il ne faut pas rater. C'est certain que les kebabs du coin ne vont pas aimer. On se croirait un peu à Harlem. Et quand on sait qu'à New-York c'est là bas que ça se passe maintenant, on se dit que le PNY est bien à sa place et mérite vraiment le voyage...


Un Diner qui vit au rythme de la rue toute la journée
A l'oppoé du PNY, de l'autre côté de la Seine, on trouve LE DINER, à quelques pas seulement de la Tour Eiffel. Le changement est radical puisque nous sommes ici dans le 7e arrondissement bon chic bon genre. Bien loin de la populace de la rue Saint-Denis. Preuve, s'il en était besoin, que la déferlante de restos US touche toutes les couches de la population parisienne !
De Harlem on se retrouve donc à Broolklyn puisque ce diner affirme s'inspirer de celui situé sur Bedford Avenue à Brooklyn... Sauf que vous êtes dans une rue piètonne très commerçante et que vous croisez ici la jeunesse dorée de la Capitale. On serait donc plus dans l'Upper East Side ! Là aussi, une fine équipe frenchie et jeune est aux commandes depuis le début de l'année. Et elle s'enorgueillit d'avoir le seul lieu à proposer des burgers en VO dans le 7e arrondissement où aucun McDonald n'est implanté !
Des burgers, certes, mais pas que, car ici la carte est bien plus vaste qu'au PNY même si la salle est elle plus petite avec sa trentaine de sièges. Mais comme tout bon diner qui se respecte, on y croise toute la société, du hard worker qui casse la croûte à l'aube au yuppie qui prend un drink à 17h, car cette adresse est ouverte tous les jours de 8h à minuit. Là, vraiment, il faut saluer la performance dans une ville ensommeillée comme Paris. Et dans un quartier aussi sage que celui-ci qui ne brille pas par ses adresses pour noctambules...

Bref, sur le papier, Diner a déjà tout bon. Qu'en est-il en réalité ? Si la déco est moins innovante et radicale à mon goût qu'au PNY, se voulant un peu trop référencée aux images d''Epinal des cafétérias US, c'est quand même agréable de s'y attabler. Et aux beaux jours, quand toutes les vitres seront ouvertes sur cette rue calme, Diner sera sans conteste un spot à surveiller de près.
A la carte le Bacon Old Cheese s'offre dans un bun au paprika, avec de la moutarde à l'ancienne, du cheddar, du bacon grillé et des tomates séchées. Ces dernières étant un peu en trop à mon goût. Le Oh Yeah Burger est accompagné de Comté et de compotée d'oignons. La viande, en provenance de l'Aubrac est plutôt savoureuse. Ils sont tous assez copieux et servit avec des frites. Mais commander du hash brown ou du coleslaw est possible.
A noter le Chuck Norris Burger, pimenté et avec 250 gr de viande. Pour ceux qui sont très en colére et qui ont très faim... Mais les burgers ne sont pas tout ici. On trouve aussi des oeufs cuisinés selon votre envie : Benedict (avec bacon et sauce hollandaise) ou Norwegian (avec saumon fumé) par exemple. Et des bagels avec pastrami, dinde, saumon, etc.
A noter aussi un hot-dog très bien servit pour 5 euros seulement. De quoi caler une petite faim pour presque rien. Et pour les desserts, là on se lâche car la carte est vaste : brownies, apple pie, french toasts, carrot et du cheese cake, of course, provenant aussi de chez Rachel. Cette américaine qui a lancé il y a quelque années sa petite fabrique de gâteaux made in USA à destination de la restauration est vraiment devenue incontournable. Du coup, on retrouve un peu partout ses créations. Remarquez c'est toujours mille fois mieux que les piteux "fondants au chocolat" surgelés que l'on trouve trop souvent dans les restaurants...
A noter, côté boissons, un grand choix de jus de fruits pressés vraiment délicieux. Encore un petit truc des Amériques vraiment bienvenue chez nous !

Le verdict :
L'ambiance gentiment underground et la déco inspirée du PNY marquent des points côtéoriginalité. Et l'audace de se lancer dans un quartier en devenir est à saluer. La qualité de la viande et la carte restreinte et maîtrisée ont également mes faveurs. Bref, PNY a tout bon et je suis prêt à parier qu'il fera des petits dans les années à venir.

A l'opposée, le DINER ne démérite pas. Si la cuisine est un poil moins goûteuse et plus conventionnelle, la carte est beaucoup plus large. Et le parti prix d'ouvrir tous les jours de 8h à minuit (voir un peu plus le week-end) mérite vraiment d'être salué et encouragé. Nul doute que cette adresse aux prix contenus (identiques à ceux du PNY) sera bien vite un point de rendez-vous dans ce quartier très résidentiel et tranquille.

Photos : 1 : Vintage cheese burger et loaded fries chez Paris New York - 2 : L'enseigne lumineuse du Paris New York - 3 : Les hamburgers sont servis dans une panière au Diner - 4 : Hot Dog et jus de fruits au Diner - 5 : Brownie au Diner.


PARIS NEW-YORK
50, rue du Faubourg Saint-Denis - 75010 Paris.
Ouvert du lundi au samedi de 12h30 à 15h et de 19h30 à 23h30.
Comptez une quinzaine d'euros pour un burger+frites.

DINER
12, rue du Champ de Mars - 75007 Paris.
Ouvert tous les jours de 8h à minuit.
Comptez une quinzaine d'euros pour un burger+frites.
 

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