Par Alain Maurice
La rue Damiette est une jolie rue piétonne du centre-ville, aimée des antiquaires. Au 31, un
bistrot discret aux allures gastro est dans l’air du temps, arty, tout en longueur : décoration moderne et épurée, tables en bois, fauteuils en tissus. La vaisselle est délicate, l’ambiance chic, décontractée et élégante. La cave habille un mur. On nous promet la Normandie et ses produits, une cuisine locavore, assaisonnée un vrai Chef.
Quentin Le Deunff est aux commandes de l’Épicurius. Rouen est sa ville natale, il y fait ses premiers pas en cuisine. Des parents restaurateurs lui ont transmis le virus. École hôtelière, Bac pro, apprentissage dans un restaurant de fruits de mer au bord de la Seine avant de rejoindre Gilles Tournadre au Gill (2*) où il travaille pendant 5 ans. Cela reste forcément dans l’ADN, l’envie d'avoir des belles assiettes. Sur la carte de ce
restaurant de Rouen, affichée à l’extérieur, les produits sont de saison et locavores, les descriptions tentantes. C’est l’heure de déjeuner.
L'accueil est agréable, professionnel. Pour les plus curieux, des menus dégustation sont proposés. En 5 ou 7 temps (67 et 87 €). Deux entrées pour le premier ; deux entrées, deux plats et deux desserts pour le second. Une formule en 3 temps est plus « raisonnable ». 47 euros avec une mise en bouche, une entrée, un plat et un dessert. Et même un 2 temps à 39 € pour les petits appétits, avec entrée ou dessert. Des accords mets et vins s’apposent, entre 64 et 152 €... Le ton est donné.
Le chef s’active. Les tatouages qu’il arbore tranchent avec la finesse de ses propositions. En entrée, on penche pour un mi-cuit de maquereau à la flamme, betterave en textures, beurre de foin fumé, rates du Touquet et crème d’arêtes. Les mélanges sont minutieusement étudiés et équilibrés. En plat, un
paleron de bœuf est snacké, accompagné de girolles en pickles, d’une crème légère au vieux parmesan, de conchiglionis farcis aux champignons et artichauts. Un retour de pêche est accompagné d’une crème de topinambour, de légumes de saison glacés, de châtaignes et d’une sauce matelote ; de riz vénéré. Les produits sont joliment travaillés, les textures variées, les compositions originales, les saveurs puissantes, sans jamais choquer. Le tout joliment présenté. La carte des vins est équilibrée, le service soigné sans être intrusif. Le chef maîtrise son sujet...
A cela s’ajoute quelques suggestions de Quentin, qui n’ont pas de prix … mais un coût. Plus 30 € pour un foie gras de canard poêlé, lamelles de truffe fraîche de saison, échalotte à la marjolaine et son jus de viande corsée. Plus 40 € pour un pigeon entier de Normandie, suprêmes façon Rossini, cuisses confites au vin rouge et son jus de pigeon… Avis aux amateurs ! Pour conclure, on aurait pu se laisser tenter par une compotée exotique d’ananas et de mangue, chiboust à la noix de coco, crème à la vanille de Madagascar et sorbet piña colada. Évidemment par un croquant façon Mendiant, caramel au grué de cacao, compotée de mûres et crème glacée à la pistache. On a craqué, sans remord, pour « la création fromagère ». Sur une raviole ouverte, du camembert coulant avec une huile de truffe...
Ouvert du mardi au samedi de 12h00 à 13h30, de 19h30 à 21h30. Fermé le dimanche et le lundi.
L’ÉPICURIUS
31 Rue Damiette, 76000 Rouen
Janvier 2026