Portrait de chef par Alain Fusion

Le restaurant Natacha, repaire culte de plusieurs générations de Montparnos noctambules a changé de main. Repris par Alain Cirelli – qui officie derrière les fourneaux – ce vieux bistrot a rajeuni ses cadres et son style sans perdre de sa légendaire modestie. Au menu, Cuisine française conviviale où l'on retrouve les grands classiques d'une gastronomie à l'âme bistrotière.La salle du rez-de-chaussée d'un bel ocre aux tonalités chaudes est tapissée de tableaux, de peintures, de dessins et de miroirs.

Au sous-sol, les photos d'artistes en noir et blanc font un clin d'oeil aux touches du piano, alors que les tables de la terrasse attendent les rayons du soleil.

C'est une adresse phare où se pressent le Tout-Paris et les touristes attirés par la réputation de la maison et la recommandation des guides. Dans cette rue d'artistes, Modigliani et le sculpteur Pompon avaient leurs ateliers, Eugène Atget y vécut, Yves Klein et son épouse Rotraud s'installèrent dans les années 60 et Jean-Luc Godard y tourna plusieurs scènes du film culte A bout de souffle avec Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo.


Alain Cirelli renouvelle le plaisir des clients en reprenant cette adresse mythique pour lui donner une vie nouvelle. Il se passe quelque chose ici, on y sent passer le souffle de bonnes ondes et de vibrations positives.

Les Questions à Alain CIRELLI

Alain Fusion : Comment et pourquoi avez-vous eu envie de devenir Cuisinier ? Est-ce une tradition familiale ?
Alain Cirelli : Mes parents avaient en 1973 un hôtel-restaurant à Chambéry en Savoie. De mes 6 ans jusqu'à 16 ans j'ai vécu dans un hôtel qui était auss i ma maison. J'ai même fait le groom en habit. Ma mère et ma grand-mère faisaient elles-mêmes la cuisine et très jeune j'ai voulu devenir cuisinier, à 15 ans je savais ce que je voulais faire. J'ai une grand-mère italienne, de Lombardie, je l'ai vue faire les pâtes à la main, coupées au couteau ; j'y pense souvent.
Mon frère, a fait Sciences-Po et l'ENA, alors pour fêter ses réussites un oncle a invité la famille chez Lasserre. J'ai été séduit par cet endroit et nous avons pris des contacts pour moi ; j'y suis entré l'année suivante. J'ai eu la chance d'avoir des parents qui ont écouté mes aspirations et qui m'ont aidé à trouver du travail ailleurs qu'en Savoie.


A.F. : Où avez-vous appris la Cuisine ? Avec quels Chefs avez-vous travaillé ?
A.C. : J'ai fais mon apprentissage à 16 ans chez Lasserre pendant 2 ans et puis j'ai passé un CAP en 1985 à Paris, ensuite je suis entré chez Faugeron que j'avais rencontré à la montagne avant mon service militaire. J'ai fais plusieurs stages pour apprendre le foie gras, dans les Landes au Pécotche à Pomarez, à Biarritz au Café de Paris, chez Michel Guer ard aux Près d'Eugénie ; je suis allé à Mulhouse dans la pâtisserie Jacques chez Gérard Bannwarth. J'ai ensuite travaillé dans les cuisines d'Alain Dutournier au Carré des Feuillants, de Gérard Vié à Versailles Les Trois Marches, et chez Bernard Pacaud à l'Ambroise pendant trois ans et demi. Plus tard, j'ai rejoint le groupe Bertrand comme Chef de Cuisine au Saint-James Paris où j'ai participé à l'ouverture de plusieurs restaurants et cela m'a donné envie de créer mon restaurant.


A.F. : Depuis combien de temps possédez-vous NATACHA ?
A.C. : Depuis le 24 janvier 2003. J'ai rencontré Natacha avec Olivier Bertrand et j'ai fais l'affaire. Elle m'a présenté à ses amis et à ses anciens clients qui continuent à venir. J'ai aussi attiré une clientèle nouvelle puisque nous sommes maintenant aussi ouverts au déjeuner.

A.F. : Vous dirigez combien de personnes, pour combien de repas servis chaque jour ?
A.C. : Nous sommes 6, pour environ 70 couverts par jour.

A.F. : Comment s'organise votre emploi du temps d'une journée type ?
A.C. : Je suis sur place à partir de 8h30 jusqu'à la fin du s ervice vers minuit et demi. Je travaille sur Rungis avec un acheteur qui connaît bien mes exigences. Nous recevons ici une clientèle du quartier pour le déjeuner avec les bureaux et en soirée des gens du spectacle ou du monde politique, mais aussi beaucoup d'étrangers, des américains, des italiens, des espagnols et en provenance des pays d'Amérique du Sud.

A.F. : Quel est le plat les plus demandés ?
A.C. : Le hachis Parmentier « Natacha ».

A.F. : Quel est votre plat préféré ?
A.C. : Tous les poissons.

A.F. : Quelle est votre boisson favorite ?
A.C. : Le vin rouge ; par exemple le Domaine de la Pousse d'Or à Volnay.

A.F. : Qu'aimez-vous qu'un client vous dise après dîner ?
A.C. : « C'était convivial et bon ».

A.F. : Quelle est votre relation avec l'Art , la peinture ? Qui sont vos artistes favoris ?
A.C. : Nous avions l'habitude avec mes parents de visiter les musées et les églises. J'en ai conservé le goût. En peinture j'apprécie la Renaissance italienne, Michel-Ange, Guillandaillo, mais j'ai aussi une grande admiration pour Kandinsky et pour Yves Klein. Dans l a musique je suis plutôt contemporain et jazz ; nous organisons chaque semaine une soirée consacrée au Jazz.

A.F. : Etes-vous un fumeur de cigares ? Si oui, quelles vitoles aimez-vous fumer ?
A.C. : Je fume des Robusto de Cohiba.

A.F. : Quel est votre principal trait de caractère ?
A.C. : L'exigence ; avec moi et avec les autres.

A.F. : Avec qui aimeriez-vous travailler ?
A.C. : Un sculpteur ou un peintre ; un artiste en tout cas. Pour entrer dans son entourage et dans sa vie.

A.F. : Si vous deviez changer de métier, quel métier feriez-vous ?
A.C. : Sportif de haut niveau, dans la natation. Ou bien un métier relationnel qui me ferait voyager. À moins que ce ne soit Conservateur de Musée.

A.F. : Quel est votre rêve d'enfant qui n'a pas encore été réalisé ?
A.C. : Avoir une maison de campagne pour y recevoir plein d'amis.

A.F. : Où aimez vous passer des vacances ?
A.C. : La Grèce et la montagne. J'ai découvert la Grèce par des amis grecs. Et l'Italie où je vais 4 ou 5 fois par an.

NATACHA
17bis, rue Campagne-Première
75014 PARIS
Tel : 01 43 20 79 27

 
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